Georgette Boulestreau

20 mai 2020

Georgette Boulestreau

Georgette Boulerstreau-1                                                                                

Georgette Boulestreau (1903-1986)    

 Sagefemme et militante 

Personnalité peu connue aujourd'hui, Georgette Boulestreau fait pourtant partie des pionnières angevines qui ont agi pour le progrès social et les droits des femmes. Née rue de la Chalouère, fille d'un plombier et d'une lingère, aînée de 6 enfants, elle grandit dans un quartier populaire de petites échoppes d'artisans. Après l'école primaire, elle fait différents « petits boulots » tout en préparant l'école d'infirmière et devient sagefemme en 1928.

 

Georgette Boulestreau-2

 

Forte personnalité, elle exerce cette profession à une époque où à l'exception de la petite frange de la bourgeoisie qui fait appel au médecin accoucheur, toutes les femmes recourent aux sagesfemmes venant à domicile. Le métier est alors vécu comme une vocation par ces femmes qu'une historienne qualifie de « religieuses laïques » comme les infirmières. Elle était passionnée par ce travail qu'elle exerce auprès des femmes des milieux populaires du quartier St Léonard Justices et de Trélazé. Travail difficile, fatigant au contact des difficultés des familles, avec de longues journées. Pouvant être appelée à toute heure du jour ou de la nuit, elle se déplace à pied, à bicyclette puis en solex et dans les années 60 en 2CV. Elle est confrontée auxproblèmes d'hygiène car jusqu'aux années 50, les logements insalubres sont encoretrès nombreux à Angers. Des liens secréent avec les familles car les sagesfemmes suivent alors les femmes depuis la grossesse jusqu'à l'accouchement puis les nourrissons et G. Boulestreau met au monde des fratries entières, et souvent plusieurs générations. Celle qu'on finit par appeler la « mère Boulestreau », et qu'on choisit parfois comme marraine est connue pour son franc parler, son énergie. Elle n'hésite pas à « réprimander » les maris lorsque les grossesses s'enchaînent. Comme beaucoup de sagesfemmes, elle reste célibataire mais elle est aussi connue comme une femme libre qui a une vie sentimentale avec notamment des compagnons partageant ses engagements. C'est sans doute la connaissance des difficultés des familles qui l'amène à s'engager. Responsable du syndicat des sagesfemmes, elle est aussi présidente du Comité des ménagères ST Léonard Justices. C'est à ce titre qu'elle fait ouvrir en 1931, à la Maison des mères, rue de la Pyramide, une consultation de nourrissons, assurée par le Docteur Lucie Canonne, une des premières femmes médecins à Angers : consultations gratuites prénatales et pour nourrissons des familles modestes. Lors d'élections municipales, elle réclame des bains douches pour ce quartier populaire.

Militante politique

G.Boulestreau fut aussi une pionnière du mouvement féministe. Elle apparaît dès 1928 comme adhérente active de la Ligue Française du Droit des Femmes, associationcréée fin XIXe pour le droit de vote des femmes et contre le code civil, code napoléonien qui maintient la femme dans un état de mineure juridique. La LFDF est plus radicale dans ses actions que l'autre association réformiste l'Union Française pour le Suffrage des Femmes dont la responsable locale est l'institutrice Marguerite Billot Thulard. La première fois que G.Boulestreau est remarquée c'est en novembre 1928, lors du Congrès du parti radical à Angers. Elle fait partie des « suffragettes » qui perturbent la cérémonie que les congressistes ont organisée au monument républicain de la Roche de Murs car l'intervention de M.Billot Thulard, membre du parti en même temps que de l'UFSF a été annulée. L'Ouest Èclair rapporte l'incident « quelques suffragettes profitèrent de la circonstance pour rappeler aux orateurs leur droit au suffrage ». Dansson livre : "Dans la rue", Maria Vérone, responsable de la LFDF donne des détails sur le rôle de G. Boulestreau lors de l'entrevue obtenue auprès de Daladier : « Lorsqu'il promet des « améliorations graduelles », G. Boulestreau lui réplique « Il faut donc que les mamans et enfants nécessiteux attendent graduellement de quoi manger ? » Daladier s'étant présenté comme fils d'ouvrier, Mlle Boulestreau avec sa franchise de travailleuse, avec sa rudesse de sagefemme qui voit tant de misère lui répliqua : « Oui, des fils d'ouvrier qui ne doivent pas souvent se serrer la ceinture ».

En 1931, G. Boulestreau fonde la section angevine de la LFDF qu'elle anime durant toutes les années 30, mêlant revendications sociales et suffragistes. Elle milite aussi comme pacifiste à la Ligue internationale de combattants de la Paix dont la section angevine créée en 1931 est une des plus importantes de France. C'est la plus radicale de toutes les associations pacifistes :« Non à toutes les guerres », indépendante de tout parti politique, groupement philosophique et religieux mais ayant des liens privilégiés avec les milieux anarchistes : manifestations, pièces de théâtre pacifistes, feux de bengale pour protester contre des exercices de défense civile en 1938. En 1939, Georgette Boulestreau est perquisitionnée à son domicile comme communiste : même s'il ne semble pas qu'elle soit membre du parti, ses convictions sont bien à gauche. Pendant la guerre, elle se consacre à son travail et en 1945 on la retrouve candidate aux élections municipales pour la LFDF et la Maison des mères avec un programme social et pacifiste dans la ligne de ses engagements d'avant guerre, réclamant « de participer avec les hommes au redressement du pays, l'égalité des sexes, à travail égal salaire égal, et de voir régler au-delà des frontières les rapports entre humains par la persuasion et non pas la violence et la haine.. ». Après 1945, tout en conservant ses convictions et son franc parler, elle est plus en retrait, consacre sa vie à son travail, à sa famille. Elle continue d'exercer à domicile mais fait aussi des nuits à la Clinique St André. Sans participer directement à la création de la section angevine du Planning familial, elle en partage les idées, est favorable à l'interruption volontaire de grossesse. Puis elle prend sa retraite en 1973 à une époque où les accouchements se font de plus en plus en milieu hospitalier et meurt en 1986. Elle a été décorée de la médaille de la prévoyance sociale dans les années 30.

Une rue du quartier des Hauts de St Aubin (49000 Angers) porte son nom.

                                                                                                                  Marie-Anne Guéry

 

 

Publication dans l'Anjou laïque (octobre/novembre/décembre 2017)

Anjou_laique_Histoire locale_Sagefemme et militante
 

Conférence institut municipal 21 mars 2018 - Georgette Boulestreau   (1903-1986)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Georgette_Boulestreau_Conference

 



                     

 

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